De l’avenir du BPJEPS dans le monde du cheval

 

Ça a commencé il y a maintenant plusieurs mois avec des propos assez violents :

« de toute façon, le BPJEPS va bientôt disparaître. Mais forcément comme ça rapporte ils vont pas le crier sur les toits. »

C’est une information intéressante, mais comme le dit Wikipedia : références nécessaires. Cherchons donc les bonnes références.

NunoOliveiraEffectivement, l’information n’est pas criée sur les toits. On a une allusion ici ou là, un sujet sur un forum où ça débat sur le « c’est bien / c’est pas bien », mais rien de plus. On tombe enfin sur un document de presque un an ou un représentant d’un CDE (Comité Départemental d’Equitation) ose dire que ça va arriver en janvier 2016 et que ça a un rapport avec l’Europe.

 

Bon, avec ça, difficile de trouver des infos. Prends cette miette et jette toi sur internet. J’avais trop de sources différentes sur le sujet pour que ça soit un canular, donc il y avait forcément quelque chose à creuser. Après quelques heures de recherche sur des sites officiels imbuvables, j’ai enfin pu connecter les éléments.

 

L’Union Européenne à la source

Il a maintenant quelques temps, l’UE a normalisé le système éducatif au format LMD, histoire qu’on puisse s’y retrouver avec les autres pays. Dans cette continuité elle a posé les bases d’équivalences de qualification professionnelles sur un certain nombre de métiers, principalement dans la médecine (cf directive 2005/36/CE).

C’est joli tout ça, mais quel rapport avec le BPJEPS ?

Il y a peu (2013 quand même), l’UE a décidé de connecter toutes les professions réglementées de tous les pays de l’UE (cf directive 2013/55/UE). C’est quoi un métier réglementé ? Wikipedia nous répond :

Une profession réglementée est définie par des dispositions législatives, réglementaires ou administratives spécifiques qui en limitent l’accès. Ces dispositions s’ajoutent aux règlements d’administration publique, d’hygiène et de sécurité auxquels toutes les professions et toutes les activités économiques sont soumises.

Ah tiens, on commence à avoir la puce à l’oreille. Pour ceux qui connaissent le code du sport comme leur poche, on se rapproche de l’article L212-1 très connu qui dit clairement :

Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d’occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l’article L. 212-2 du présent code, les titulaires d’un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification

Et voilà, dans plus de 200 professions réglementées, on retrouve celui d’éducateur sportif (C’est notre portail des professions réglementées qui nous le dit ), notre gentil petit moniteur d’équitation.

 

La France face à l’Europe

Il nous manque quand même pas mal d’infos pour tout connecter, mais ça va venir.

Dans sa directive, l’UE demande dans un premier temps à tous les pays de lister l’ensemble de ses professions réglementées et des conditions pour les exercer et de rendre ça au 18 janvier 2016. Tiens, un échéance connue. Mais bon, pour l’instant, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre…

L’étape suivante, c’est la redistribution des cartes. En gros, la France reçoit l’ensemble des listes des autres pays et ça commence à discuter sur comment connecter les différents métiers. Typiquement les maîtres nageurs sont définis dans tous les pays de façon différente, et on se cale sur les connaissances pour qu’on se dise qu’un maître nageur en France = un maître nageur en Allemagne.

La dernière étape, dont l’échéance est le 18 janvier 2017, est qu’un consensus se soit trouvé entre les pays sur toutes les professions réglementées.

 

Et là, c’est le drame…

Sauf que y’a un détail qui va très vite poser un soucis à la France : elle aime bien les diplômes, beaucoup trop. Et elle est un peu seul sur ce front là. Dans l’enseignement de l’équitation, tous les autres pays permettent d’exercer sans diplôme. Il en existe, mais il permet juste à la personne de mieux se vendre. D’un point de vue purement français, c’est une hérésie dangereuse et irresponsable. mais visiblement ça marche chez les autres…

Vous voyez donc le bras de force :

La France : Il FAUT un diplôme pour enseigner l’équitation !

Le reste de l’UE : Ah bon ? pourquoi ?

 

Si encore il y avait deux ou trois pays en soutien histoire de faire front à plusieurs, ça serait plus simple, mais pas de bol pour elle…

Pas besoin d’être devin pour savoir comment ça va finir…

 

En conclusion, il va se passer quoi ?

La prochaine échéance notable sera dans 1 mois environ, on aura probablement une idée de comment ça s’oriente. Je ne sais pas si les infos seront disponible, il faudra sûrement fouiner.

le 18 janvier 2017 par contre on aura une position définitive. La probabilité que l’obligation d’avoir un diplôme pour enseigner l’équitation saute est assez forte, mais là, faut voir comment ça se passe avec les lobbys.

Le BPJEPS, fortement rénové cette année, existera toujours mais sera sûrement une option, ce qui doit expliquer les simplifications, histoire de le rendre plus « sexy ».

Si j’ai parlé du monde du cheval, il y a des chances que les autres sports soient concernés aussi, sauf si nos homologues européens ont des équivalents.

 


 

TL;DR ?

TL;DR

Pour ceux qui ont la flemme de lire, on va faire vite :

L’UE : bon, on va se mettre d’accord pour que tout les éducateurs sportifs (dont les moniteurs) soient au même niveau. Envoyez moi vos infos pour le 18 janvier 2016, comme ça on se donne 1 an pour mettre tout nickel

La France : Chez moi il faut le BPJEPS

Tout le monde : chez nous il faut rien.

La France : Non mais c’est obligatoire d’avoir un diplôme !

Tout le monde : ou pas…

La France : Mais euh…

Tout le monde : nope.

10 thoughts on “De l’avenir du BPJEPS dans le monde du cheval

  1. Pelissier liseron

    Bonjour, votre article est intéressant, avez vous des nouvelles données depuis ? Cela me questionne pas mal aussi, surtout concernant tout les métiers du cheval ? ATE ? BPJEPS ? Etc ?

    Merci

    Reply
  2. Coach

    Bonjour,

    Le 18 Janvier 2017 approchant à grands pas, avez-vous par hasard un lien ou un site permettant de suivre les décisions qui seront prisent?

    Cordialement

    Reply
  3. misric Post author

    Il est toujours aussi difficile de trouver des infos sur le sujet, mais je pense faire un autre billet pour faire le point. A mon avis, tout le monde aura un peu de retard sur le sujet 😉

    Reply
  4. Doudou

    Bonjour
    Je suis aussi intéressée par l’évolution du bpjeps équitation.
    En attendant votre prochain billet.
    Merci beaucoup.

    Reply
  5. Antiffe

    Bonjour et merci pour votre article.

    Enfin quelqu’un qui explique clairement la situation. Je vous félicite.

    Il est vrai qu’il est difficile de se procurer les informations dont vous parlez, il faut vraiment creuser pour connaître le fond, j’ai hâte de vous lire pour connaître enfin la délibération au sujet de l’harmonisation des diplômes et donc les droits que l’on aura d’enseigner une discipline que l’on maîtrise car aucun diplôme « accessible » ne permet cela actuellement à moins d’avoir un gros budget pour cheval, concours, cours et formation. La réforme prochaine sera encore pire car rien qu’en CSO il faudra avoir des résultats en 110-120 (et oui le dressage est très denigré pour le BPJEPS et pourtant c’est bien la base de toutes équitations mais c’est un autre sujet) donc ces cavaliers là ont des moyens financiers pour faire ces concours (cheval, trajet, compétition) et donc pourront entrer en formation les autres seront-ils refusés? À voir car il y aura un manque de candidats du coup ….. donc je prône l’enseignement sans diplôme tant qu’on ne trouvera pas une solution pour faire du cas par cas. Ce qui d’ailleurs créerais enfin de l’emploi. Ne serait-ce qu’une autorisation spécifique d’enseigner dans sa discipline permettrait de se déclarer aux assurances et d’avoir une carte pro et donc de gagner de l’argent et donc pouvoir d’achat et donc bon pour le pays et la filière équine mais les esprits sont très étriqués hélas à ce sujet! Donc l’harmonisation je le répète est une très bonne chose qui permettra je l’espère de faire bouger les choses !!! Les mauvais « enseignants » diplômés (hélas) et non-diplômés se mettront eux-mêmes en retrait car les clients ne sont pas bêtes non plus,s’il n’y a pas de résultats un client ne reste pas donc il ne faut pas avoir peur du fait qu’on puisse enseigner sans diplôme (comme dans tant de pays qui ont d’ailleurs de meilleurs résultats que les français en compétition !!!!!!!!!!!!)

    Reply
  6. lou

    Bonjour,

    Nous sommes enfin le 18-01-2017…. !!!! A quelle sauce allons-nous donc être mangé 🙂 ?

    Vraiment vraiment mais vraiment hâte de lire votre prochain billet à ce sujet, car tout ce que j’ai pu lire ou entendre (sachant que la FFE annonce clairement tout faire pour maintenir les diplômes en place) n’est pas très clair.
    Sur le site EUR-LUX on trouve quelques infos mais je m’en remet à vous concernant le déchiffrage de la décision de la commission.

    Un grand merci pour ce que vous faites.

    Reply
  7. lou

    Merci à vous c’est vraiment génial de votre part de prendre du temps pour cela!

    Du coup il y a un gros suspens !!!!!!!!!!!!!!!!

    🙂 🙂 🙂

    Reply
  8. Barret

    Bonjour j’ai une formation d’éducateur sportif généraliste : licence staps entraînement /moniteur EPS certificat militaire armée air.
    J’ai un niveau cavalier galop 6.
    J’ai lu sur internet que je peux enseigner dans une perspective de découverte et d’initiation l’équitation. Quand pensez-vous ? En vous remerciant sportivement

    Reply
  9. Barret

    Diplôme généraliste quelle prérogative en équitation ? Pour un BP activités physiques pour tous / licence staps…En vous remerciant

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *