Quand la vie a du mordant

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Du mordant ça oui, elle en a. Surtout IL. Et pas n’importe quel IL. Kaprice des Roches qu’il s’appelle, le mordeur.

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 Ca y est, c’est le grand jour. Après un raté et beaucoup d’attente, j’arrive enfin aux bergeries pour monter ce « gros boulet », comme elle aime si bien l’appeler. Je sais qu’il a pas volé son nom, et qu’il va falloir être prudent ce soir si toutefois j’ai encore une petite volonté de sortir vivant. A priori, un peu de matériel doit m’attendre dans son box, je prends donc le strict nécessaire, et mon énorme sac avec toutes mes affaires. Il fait nuit, et le club regorge de trous plein d’eau, il faut rester un minimum concentré. Partagé entre l’excitation et la peur, je me glisse donc dans le noir.

Je croise Manu, le grand moniteur du club. Il a eu un peu de mal à me reconnaître, mais après quelques mots échangés, j’ai son feu vert pour continuer. J’aime autant que le responsable soit au courant, surtout le taux élevé d’accident qui me guette avec ce gros. Pas pessimiste, juste prudent…

Le temps de poser mes affaire et je m’en vais chercher le gros avec mon licol. – « Bonsoir Boulet ! » Ah tiens, pour changer, sa tête des bons jours et un petit coup de dent au passage. Charmant, même si on sent bien qu’il y a aucune volonté de vraiment mordre, juste d’essayer de montrer qu’il est « dangereux ». A d’autres !

Il y avait effectivement dans son box du matériel, le plus dur étant de le récupérer sans se faire taper et sans qu’il se fasse la malle. C’est qu’il est joueur celui là ! Hop, ramenage de cheval, début des préparatifs. De ce que je me rappelle, le pensage n’est pas l’opération la plus délicate, et je me met à l’oeuvre assez prudemment tout de même. Nettoyage délicat des pieds, il semble être assez douillet. Mais tout se passe bien, dans l’ensemble.

Ah, oui, je me rappelle le moment délicat avec lui… La selle et la sangle. Ce n’est pas la mienne en plus, elle est super grande, mais ça ira quand même, on fera avec.

Cheval enfin prêt, cavalier prêt psychologiquement, manège dispo : en route !

Le temps de se frayer un chemin dans le noir entre les flaques (y’en a un qui trouvais très bien son chemin, pas besoin de lui faire éviter les flaques !) et hop, nous voilà dans le manège. Il n’est pas très grand, c’est parfait je n’en demandais pas plus. Ah erf c’est vrai, monsieur profite d’être au milieu et que j’essaie de sangler / défaire mes étriers pour mordre/gigoter/donner des coups de pieds. Il n’a vraiment pas changé, toujours à profiter des bonnes occasions pour faire l’idiot !

Bon, voilà, tout est prêt, y’a plus qu’a monter. Avec un grand élan de courage, je me hisse sur la bête, en activant à fond le mode prudent-attentif-réactif. C’est pas un manque de confiance, c’est juste une question de sécurité. Disons que la dernière fois que je l’ai vu monté, ahum… comment dire… m’a un peu refroidi tout de même :] Je retrouve quelques vieux souvenirs : une encolure super courte, on touche les oreilles du bout des doigts, surtout qu’elles sont bien en arrière en ce moment… Une petite torsion de la tête histoire de montrer un peu les dents, ça rassure toujours quand on vient d’arriver. Mais qu’importe, quand on le sait, on y attache pas d’importance…

La bête s’élance, et c’est alors que les premières sensations apparaissent… Ca faisait bien longtemps que je m’étais senti aussi bien sur un cheval, probablement la dernière fois que je l’ai monté. J’avais juste l’impression d’être sur un nuage en fait. le contact est doux sous la main, comme si le mors nageait dans du beurre. Comme a son habitude et maintenant que la mémoire me revient, il s’amuse toujours autant à tordre sa tête, probablement par crainte que je ne tire comme un malpoli. Mais pas besoin de toucher à quoi que ce soit, tout va très bien, et la tête revient tranquillement à sa position normale. La sensation est vraiment étrange, j’arrive à ressentir tous les mouvements, sans les entendre. Le sable du manège aidant un peu, je glissais plus que je ne marchais. Vraiment pas à dire, on est bien là.

Après quelques tours au pas, et parce que je le sentais bien calme, je me décidais alors à trotter un peu. Petite appréhension, je m’attend à ce que ça parte dans tous les sens. Bah non. Rien. Juste parfait. Un petit trot confortable à souhait, rond, rebondissant, aux antipodes complets de ma grande barge lourde comme une choppe de plomb. Je le laisse avancer tranquillement, prenant doucement confiance et me laissant bercer par le mouvement.

Cette confiance ne lui a pas échappé d’ailleurs… Ni une ni deux, alors que tout se passait tranquillement, voilà qu’il pille et faisant demi-tour à gauche ! Sacre bleu, serrage de jambe direct et on reprend vite sa position, avant de se retrouver au tapis. Ouf, je savais qu’il fallait rester prudent, ça aurait été trop beau. Mais encore un peu trop prévisible en fait…

On reprend le trot, il ne semble pas décidé à vouloir faire l’idiot plus que ça. Attentif au bruits environnants, il ne montre aucun signe de peur, ni de nervosité. Ma flipette serait déjà collée au plafond avec les bruits qu’on a eu. Monsieur lui trouve ça juste distrayant, sans plus. Un vrai régal !

Après quelques tours au trot et vu qu’il semble motivé pour passer la seconde, je me décide à me préparer pour faire un peu de galop. Resanglage avant, avec quelques difficultés, monsieur ne semble pas apprécier ces instants ou il passe pour une paupiette… Mais bon, c’est indispensable à ma survie, donc tant pis. Par contre, on va y aller doucement, le manège est petit et ne se prête pas aux grandes embardées. De toute façon, Julie m’avais demandé d’y aller plutôt doucement, et de ne pas trop le pousser. Il m’a l’air d’avoir envie, on va donc se lancer.

Première tentative pas super fructueuse, j’ai un peu perdu les boutons, et je ressemblais plutôt à un sac à patates molles qu’autre chose. Le temps de retrouver mon neurone tombé au fond de ma mini-chaps, et nous voilà parti à galoper sans problème.

C’est incroyable comment il sait s’adapter à l’environnement. Petit galop dans petit manège, aucun souci de mobilité, j’ai l’impression de travailler dans un mouchoir de poche sans que ni lui ni moi ayons le sentiment d’être à l’étroit. Totalement équilibré, il tourne sans souci dans les coins, autour des plots, etc. Je le laisse sur 2/3 tours de galop à chaque main, même si je pense qu’il aurait bien aimé en faire plus. Doucement on a dit !

La mise en main n’a pas demandé particulièrement d’efforts, j’ai donc pas trop insisté dessus. Mis en place en deux coup de cuillère à pot, le travailler devient vite un pur régal. N’ayant pas beaucoup d’imagination et ne voulant pas trop pousser dans si peu d’espace, je me suis contenté de mobiliser un peu les hanches. Les premières tentatives furent un peu plus difficiles, monsieur a un peu fait la sourde oreille à la jambe, ignorant royalement ce que je pouvais lui indiquer. Le stick juste à la bonne place et en me concentrant un peu mieux sur ma position et mon équilibre, il a très vite compris ce qu’on lui demandait et le fit sans poser de souci, proprement.

Fait relativement proprement au pas et au trot, j’étais pas trop mécontent de moi. S’il le faisait, c’est que mes indications étaient assez claires. Je sais très bien qu’il est capable de faire tout ce qu’on lui demande, mais il est très capable aussi de ne pas faire quand on ne demande pas comme il faut. Là c’était parfait, la confiance commençait à s’établir, il restait calme sans aucun signe d’agitation. je lui demandais sans trop pousser, changeant régulièrement d’exercice. J’avais souvenir qu’il s’énervait rapidement sur la répétition des exercices.

J’avais perdu tous mes repères, ceux que je travaille depuis des semaines. Ce qui d’habitude met du temps à venir, ici j’ai presque l’impression qu’il devine ce que je vais lui demander. Je ne sais pas combien de temps je suis resté. Peut-être pas longtemps, peut-être plus. Mais au bout d’un certain temps, abreuvé de cheval, je le laissais souffler tranquillement. Enfin, souffler… il ne semble pas avoir produit énormément d’efforts, on aurait pu faire beaucoup plus. Mais pour une première fois, je préfère rester sur un travail simple mais bien fait. Un petit tour de galop à chaque main pour finir, qu’il exécuta sans le moindre problème, et je le laissa définitivement tranquille. Y’aura toujours moyen un autre jour de travailler un peu plus longtemps et un peu mieux, mais là pour une première reprise en main, j’étais plus que satisfait. Je savais bien qu’il y avait une raison à ce que je l’aime bien, ce gros boulet, et j’ai aucun regret d’avoir laissé de coté les apparences peu accueillantes pour avoir le plaisir de travailler avec lui.

Retour tranquille au point de déshabillage, nettoyage rapide (c’est pratique un cheval tondu quand même !) du haut, et un peu plus méticuleux sous les sabots… l’esquive du sabot finit par devenir un art… tant qu’on arrive à l’éviter. en y allant délicatement j’ai fini par m’en sortir tout de même et à le ramener dans son box, avec les affaires de Julie soigneusement fermés dans un sac plastique.

Dans un dernier moment de jeux, alors qu’on était tous les deux dans le box et que je commençais à ranger les affaires, voilà qu’il se met à ouvrir sa porte que je n’avais pas verrouillé. lâchant tout pour courir vers la porte, il avait ni une ni deux sauté sur le sac pour l’envoyer voler au fond du box… – Kaprice ! Sale gosse va ! Criais-je en récupérant le sac. T’es vraiment infernal ! Même si ce dernier coup était particulièrement peu amusant, je m’efforça de trouver dans le club une bonne âme qui me laissa une carotte pour le monstre, qui semblait quand même content d’en avoir une…

Un grand merci à Julie de m’avoir laissé cette opportunité, d’avoir fait ce qu’il faut pour que ça se passe bien, et au club de m’avoir laissé le manège pour le sortir !

Photo de Julie, un Kap sous la neige !

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